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Vincent Van Gogh
sources :
LAROUSSE
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Peintre néerlandais (Groot Zundert,
Brabant, 1853-Auvers-sur-Oise
1890)
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Introduction
L'image du génie fou et malheureux, qui flatte une certaine idée de l'art et
des artistes, a trouvé en Van Gogh une de ses incarnations les plus
convaincantes. Sa vie, tragique et brève, a été transformée en mythe par une
abondante littérature. Il est vrai que, né d'un père pasteur et d'une mère
portée vers les lettres et les arts, il va tenter, dans la religion d'abord,
puis dans la peinture, de se réaliser avec une intensité douloureuse et
violente jusqu'au paroxysme.
Après une enfance taciturne et rêveuse, il doit dès
1869 se mettre au travail et trouve un emploi,
à La Haye, puis à Londres et à Paris, chez un marchand d'art qui le renvoie
en
1876. Il se sent appelé à une plus haute, mais
aussi plus dure mission : il se met au service d'un pasteur d'un quartier
populaire de Londres, puis, après s'être essayé aux études théologiques, il
est envoyé comme évangéliste dans le Borinage, auprès des mineurs. Poussant
le dévouement jusqu'à l'extrême sacrifice, il atteint le fond de sa crise
intérieure lorsqu'il doit renoncer, désapprouvé par l'Église (1879).
Il réinvestit alors toute son énergie dans le dessin, cherchant à travers
portraits, paysages et natures mortes la vérité sur l'homme et sur sa
condition désespérante.
Les
débuts, 1880-1885
Il commence son apprentissage d'artiste avec confiance, aidé financièrement
et moralement par son frère Théo (1857-1891), avec lequel il entretiendra
une correspondance exceptionnelle tant par son abondance que par ce qu'elle
révèle sur sa sensibilité, ses pensées, son existence et sa manière de
travailler. Outre l'étude de recueils de gravures et d'ouvrages techniques,
il copie des œuvres de Millet et en reprend sans cesse les thèmes (le
semeur), s'initie à l'art des maîtres flamands et hollandais et aux lois de
la perspective, dessine d'après nature (chez ses parents, à Etten, en
1881) des paysages, des instruments agricoles,
des ateliers d'artisans et des portraits.
Mais cette ardeur au travail est fonction d'une détresse grandissante :
après un cruel échec sentimental avec sa cousine Kee, une violente
altercation avec son père (Noël
1881) et son départ pour La Haye (où un parent,
le peintre Anton Mauve [1838-1888], l'initie à la peinture à l'huile), il
connaît une liaison avec une prostituée, incarnation à ses yeux du
déclassement qui correspond à sa propre volonté de rupture ; passée la
période d'enthousiasme, l'aventure s'achève en
1883 dans la solitude, au cœur de la région
sauvage de la Drenthe, puis, à l'approche de l'hiver, chez ses parents à
Nuenen. Là, il reprend ses lectures, Zola particulièrement, et son travail,
dans des figures de paysans, des séries de scènes avec personnages
(tisserands penchés dans la pénombre sur leur métier) et des natures mortes.
Par les thèmes, la composition, le goût des détails et aussi celui des
volumes définis par des éclairages brutaux, il retrouve l'héritage du
réalisme hollandais (les Mangeurs de pommes de
terre,
1885, musée national Vincent Van Gogh,
Amsterdam). Mais bientôt, sous l'influence de Rembrandt et de Hals, de
Delacroix, de Chardin (qu'il rapproche de Vermeer) et surtout de Rubens
(découvert à Anvers en
1885), le problème de la couleur devient
primordial pour le jeune homme : il éclaircit sa palette, assouplit sa
facture et, dans le même temps, privilégie le portrait.
Cependant, c'est à Paris qu'il peut trouver, outre la présence
fraternelle de Théo, qui le rassure, un climat d'effervescence artistique
qui le stimulera de façon décisive. Il y arrive, déjà dégagé des contraintes
de l'apprentissage, au
début de 1886.
Paris,
1886-1887
Le séjour à Paris va être celui des découvertes : alors qu'on publie
les Illuminations de Rimbaud et
l'Œuvre de Zola, les impressionnistes réunissent en
1886 leur dernière exposition (la
Grande Jatte de Seurat y voisine avec des toiles de Signac,
Pissarro, Redon, Degas, Gauguin, Guillaumin) ; l'année suivante, l'œuvre de
Millet est l'objet d'une rétrospective. C'est aussi le temps des rencontres
et des amitiés fructueuses : à l'atelier de Fernand Cormon (1845-1924), où
il travaille d'après les modèles vivants et les plâtres, Vincent se lie avec
Toulouse-Lautrec, Louis Anquetin (1861-1932) et Émile Bernard (1868-1941).
Avec Pissarro, il s'initie aux nouvelles idées sur la lumière et au
traitement divisionniste de la couleur. Par Théo, il fait connaissance de
Gauguin, tandis que par le père Tanguy, dont la boutique de couleurs recèle
aussi des œuvres comme celles de Cézanne, il se lie avec Signac.
Dans cette ambiance créatrice, les bouquets de fleurs inspirés d'Adolphe
Monticelli (1824-1886) succèdent bientôt aux études académiques, et les
paysages passent des bruns compacts et des gris vaporeux aux couleurs pures.
Dans les vues de Montmartre, si caractéristiques avec les venelles en pente,
les réverbères et les moulins à vent, la vibration lumineuse acquise de
l'impressionnisme vient enrichir la sensibilité graphique propre à Vincent (Montmartre,
Stedelijk Museum, Amsterdam). Avec la technique divisionniste, il cherche sa
propre approche de la couleur (Intérieur de
restaurant,
1887, musée Kröller-Müller, Otterlo), en même
temps qu'il va chercher dans la banlieue parisienne et près des berges de la
Seine les mêmes motifs que Signac et Émile Bernard.
Néanmoins, il abandonne peu à peu la fragmentation impressionniste et
tend à simplifier la forme et la couleur pour mieux se concentrer sur
l'unité structurelle de la surface et maintenir la caractérisation
expressive des objets (Nature morte avec statuette
en plâtre, Otterlo). Dans ce cheminement vers un style réellement
personnel, l'influence de l'estampe japonaise, tant admirée et copiée par
Vincent, marque une étape importante. On en retrouve la présence dans le
portrait du Père Tanguy (1887,
musée Rodin, Paris), dont le fond est entièrement tapissé de ces estampes.
Le portrait, genre de prédilection dans la démarche de Van Gogh, trouve sa
signification profonde dans ses nombreux autoportraits, à la fois analyses
de lui-même et bilans de son art (musée national Vincent Van Gogh).
Dans ce séjour parisien, fondé sur la fraternité sans heurt de Vincent et
de Théo, le mariage prochain de Théo vient jeter une ombre d'ambiguïté.
Vincent préfère quitter Paris, trouvant une raison dans l'attrait qu'exerce
sur lui la Provence, déjà rêvée à travers les toiles de Monticelli et de
Cézanne, les œuvres de Zola et d'Alphonse Daudet. Il s'installe à Arles en
février 1888.
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La
Provence, 1888-1890
Émerveillé par la nature provençale, Vincent en épouse le rythme et les
saisons dans les séries successives des Vergers (peints dans les roses et
les blancs), des Moissons (dans les jaunes orangés) et des Jardins (dans les
verts). Mais l'hiver disparaît devant le triomphe de l'été : l'éclat
solaire, l'éblouissement des jaunes constituent la découverte essentielle.
Dans cette clarté torride du Midi où la réalité des choses apparaît sans le
voile atmosphérique qui les enveloppe ailleurs, l'art de l'estampe japonaise
subit une véritable transmutation (le Pont-levis,
Wallraf-Richartz Museum, Cologne, et autres versions). Les dessins même, par
leur exceptionnelle maîtrise, parviennent au moyen d'éléments simples à
transcrire la texture et la coloration lumineuse des objets. La rapidité
d'exécution, qui lui paraît indispensable, exige de Vincent une grande
tension, qu'il entretient, pour « monter le coup un peu », par le café et
l'alcool. Il atteint bientôt un niveau de surmenage qui va peser lourd dans
la crise imminente.
Il place en effet tous ses espoirs dans la « maison jaune » qu'il a louée
pour créer la communauté d'artistes dont il rêve depuis la Hollande. Par
l'entremise de Théo, il convie Gauguin à s'installer avec lui, mais leur
trop grande dissemblance, admirablement exprimée par le contraste entre
la Chaise et la pipe (Tate Gallery, Londres) et
le Fauteuil de Gauguin (musée national Vincent Van Gogh), aboutit
dans la nuit de Noël
1888 à une grave altercation. Éperdu, Vincent
se tranche le lobe de l'oreille gauche et va l'offrir à une prostituée qu'il
fréquente. Soigné à l'hôpital, il se rétablit le temps de peindre plusieurs
toiles, comme son Autoportrait à l'oreille coupée
(1889, collection privée
américaine). Mais, interné quelque temps à la suite d'une pétition, tenaillé
par l'angoisse et la solitude à l'annonce du mariage de son frère, il songe
au suicide et préfère décider lui-même son hospitalisation à
Saint-Rémy-de-Provence.
La période arlésienne reste sous la double emprise du bleu et du jaune,
ciel et terre sous le soleil (les Meules de foin,
Otterlo) ou nuit illuminée d'étoiles (la Nuit
étoilée, musée d'Orsay, que Vincent va peindre une couronne de
bougies autour du chapeau), ou encore scènes nocturnes où les passions
humaines s'expriment dans ce qu'elles ont de plus exacerbé par la détresse (le
Café de nuit,
1888, Yale University Art Gallery, New Haven).
Le point ultime de cette tension et en même temps de cette ivresse est
atteint dans la série des Tournesols, traités sans ombre ni modelé dans des
jaunes poussés à leur limite extrême : le peintre devient ici celui qui
approche le feu solaire et qui, dans ce mouvement même, se brûle et se
consume. Comme dans les portraits, où les tons verts apportent une certaine
tempérance (l'Arlésienne, Metropolitan
Museum of Art, New York), la couleur, unie étroitement à la lumière incarne
à la fois la présence réelle des choses et leur destin spirituel.
Dès l'arrivée de Vincent à Saint-Rémy, en
1889, la maladie, mais aussi le caractère
tourmenté de la Provence des Alpilles et des Baux entraînent des
modifications de son style. La touche se fait véhémente et furieuse et les
ocres tendent à remplacer les couleurs d'Arles, encore présentes dans la
seconde version, magistrale, de la Nuit étoilée
(Museum of Modern Art, New York). Le travail de Van Gogh à l'hôpital
dépend de son état et, selon qu'il est tenu de garder la chambre ou autorisé
à sortir dans la propriété ou même à partir en promenade, il peint les
massifs de fleurs du jardin, les champs aperçus par la fenêtre, les oliviers
et les cyprès de la campagne environnante (le Champ
de blé au cyprès, National Gallery, Londres, et autres versions).
Ou bien, après la crise consécutive à l'annonce d'une naissance prochaine
dans le foyer de Théo, cherchant dans le travail le « meilleur paratonnerre
pour la maladie », il entreprend des copies d'après des gravures de ses
maîtres préférés (Pieta d'après
Delacroix, musée national Vincent Van Gogh). De nouveau terrassé vers Noël,
il se représente dans la Ronde des prisonniers
d'après Gustave Doré (1890, musée
Pouchkine, Moscou). Il veut encore espérer et croire au renouveau lorsque
naît son neveu Vincent (Branche fleurie d'amandier,
musée national Vincent Van Gogh) et que de bonnes nouvelles lui parviennent
de l'audience accordée à son œuvre (un article d'Albert Aurier [1865-1892]
paru dans le Mercure de France ;
les Vignes rouges vendues à Bruxelles, la seule toile qui le sera
de son vivant). Mais, alors que les vergers fleurissent, un nouveau
cauchemar de deux mois le tient dans l'inaction. Revenu à lui (la
Résurrection de Lazare, d'après Rembrandt, où l'on reconnaît son
propre visage blême ; musée national Vincent Van Gogh), il demande à quitter
l'hospice. Sur les conseils de Pissarro, Théo envisage son transfert auprès
du docteur Gachet, médecin et amateur d'art installé à Auvers-sur-Oise.
Saint-Rémy, période de crise aiguë, reste marqué par les oliviers et les
cyprès, dont le flamboiement ou la torsion entraînent ciel, terre et astres
dans le même mouvement : Van Gogh est hanté par « les formes convulsives et
torturées, [] un univers de tumulte et d'orage dans lequel se projettent ses
tourments, comme si les forces motrices de son être, inhibées par la maladie
et par l'internement, éclataient brusquement en décharges angoissées » (Jean
Leymarie). L'intensité se concentre non plus dans la couleur, mais dans le
mouvement des formes, tandis qu'une harmonie assourdie par les gris et les
ocres confère une résonance tragique à des toiles telles que
le Parc de l'hôpital de Saint-Rémy (1889,
Folkwang Museum, Essen).
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Auvers-sur-Oise,
1890
Après un court passage à Paris pour revoir Théo, Vincent gagne
Auvers-sur-Oise en
mai 1890. Il loge dans la modeste pension du
café Ravoux, fréquente le docteur Gachet, qui l'invite et pose pour lui.
Féru de gravure et ami des artistes, Paul Ferdinand Gachet (dit Paul Van
Rijssel, 1828-1909) a su attirer des artistes comme Cézanne, Guillaumin et
Pissarro. L'ambiance et le climat font oublier ses crises récentes à
Vincent, et il retrouve pleine confiance. Il reprend ses thèmes ruraux, avec
les champs, les jardins, les chaumes, les vues du village (l'Église
d'Auvers sur Oise musée d'Orsay), dans des tons laiteux, verts,
violets et bleu sombre. Disposant de nouveau de modèles, il redonne leur
importance aux portraits.
Mais une certaine tension se développe entre Théo et Vincent. Et lorsque
Théo, de santé défaillante, veut emmener son fils, relevant lui-même de
maladie, et sa femme en Hollande, Vincent se sent abandonné. Ce sentiment
d'abandon s'étend à tous, et même à Paul Gachet. L'artiste exprime sa
tristesse et sa solitude extrême dans d'« immenses étendues de blé sous des
ciels troublés », tel le Champ de blé aux corbeaux
(musée national Vincent Van Gogh), sa dernière toile. Le dimanche
27 juillet, il part dans les champs et se tire une balle dans la poitrine,
mais le coup dévie. Il rentre rave; sa chambre, où il est trouvé
ensanglanté. Il survit encore deux jours, pendant lesquels, très calme, il
parle avec son frère en fumant sa pipe dans le lit, puis il meurt dans la
nuit du 29 juillet, d'une mort voulue en toute conscience.
Sans entrer dans les diverses hypothèses médicales émises au sujet de la
« maladie » de Van Gogh, et qui masquent souvent l'essentiel, on peut voir
dans son œuvre la lutte intense menée par un individu contre un monde qui le
refuse, une société qui entame alors, avec l'industrialisation et ses
conséquences sociales conflictuelles, l'asservissement et la destruction de
l'homme. Qui d'autre pouvait mieux parler de Van Gogh, de ces
« épouvantables états de l'angoisse et de la suffocation humaine »,
qu'Antonin Artaud (Van Gogh, le suicidé de la
société) ? Il est vrai que, se différenciant par là des froids
spécialistes, Artaud a su clamer sa certitude qu'« un jour la peinture de
Van Gogh armée et de fièvre et de bonne santé reviendra pour jeter en l'air
la poussière d'un monde en cage que son cœur ne pouvait plus supporter ». |