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Nicolas Poussin
sources :
LAROUSSE
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Peintre français (Villers, près des Andelys, 1594-Rome
1665).
La
vie et la carrière
Le père de Nicolas Poussin, Jean, dont on a fait sans preuve un gentilhomme
ruiné, lui fit étudier la grammaire et le latin, mais le jeune homme ne
pensait qu'à dessiner. Le peintre Quentin Varin (vers 1570-1634), séjournant
aux Andelys pour décorer l'église, remarqua ses essais. Et Poussin obtint,
finalement, de se livrer uniquement à sa vocation et de prendre des leçons
de Varin. Il partit ensuite pour Paris, sans argent, à dix-huit ans,
peignant en route des motifs décoratifs. Arrivé à Paris, il alla travailler
chez le portraitiste Ferdinand Elle (vers 1585-1637/1640) et chez le peintre
d'histoire Georges Lallemand (?-1635).
Illumination : le valet de chambre de Marie de Médicis Alexandre
Courtois, à qui un jeune seigneur originaire du Poitou l'a présenté, possède
une série d'estampes de Marc Antoine, dont l'étude vaut toutes les leçons.
Poussin copie surtout Raphaël et Jules Romain. L'ami poitevin, retournant
chez lui, l'emmène. Mais, traité plutôt en domestique par la maîtresse de
maison, Nicolas reprend la route de Paris. Pour subsister, il peint sur son
chemin deux tableaux pour l'église des Capucins de Blois, quelques
Bacchanales au château de Cheverny. Ce
retour laborieux dure jusqu'en
1620.
Tombé malade de fatigue, Poussin va alors se reposer un an chez ses
parents. Mais son désir ne s'est nullement calmé. Revenu dans la capitale,
il étudie les grands décors de Fontainebleau, travaille l'anatomie dans un
hôpital, ainsi que la perspective. Par-dessus tout, son ambition est de
gagner Rome, le paradis des peintres. Deux fois, Nicolas prend la route,
mais il est contraint de rebrousser chemin sans avoir dépassé Florence lors
du premier voyage, Lyon lors du second. De nouveau à Paris, il peint fort
rapidement (1622) pour le collège des Jésuites
six tableaux en détrempe qui le font connaître, en particulier du « Cavalier
Marin » (le poète italien Giambattista Marino) ; celui-ci le protège, le
fait profiter de sa culture livresque et lui donne à illustrer
les Métamorphoses d'Ovide. Poussin
rencontre également Philippe de Champaigne et est employé comme lui aux
décorations du palais du Luxembourg. Enfin, il exécute, sur commande de
l'archevêque Jean-François de Gondi (1584-1654), un tableau de
la Mort de la Vierge pour la cathédrale
Notre-Dame (qui est aujourd'hui disparu, comme toutes les œuvres déjà
citées). Ces travaux l'empêchent de saisir l'occasion qui se présente, en
avril 1623, d'accompagner G. Marino à Rome.
1624 : en mars, enfin, après un séjour à
Venise – dont l'école picturale ne manquera pas de l'influencer –, Poussin
arrive dans la Rome de ses rêves. Malheureusement, Marino part pour Naples,
où il meurt en
mars 1625 ; ce même mois, le cardinal Francesco
Barberini (1597-1679), neveu d'Urbain VIII et diplomate, à qui le peintre a
été recommandé, quitte Rome pour la France. Poussin reste seul, fort pauvre.
Avec un beau courage, il continue à étudier : anatomie, architecture,
perspective ; il mesure et dessine des statues antiques, étudie les
Bacchanales de Titien, se livre au modelage et croque des
paysages en portant son attention sur les effets de lumière. Sa gêne
financière l'oblige à vendre ses œuvres au rabais. Et voici que la
diplomatie du cardinal Barberini en France donne de piètres résultats. Rome
est en proie à une poussée de francophobie : Poussin, agressé par la
soldatesque, est blessé à la main d'un coup de sabre. Aussi, pour passer
inaperçu, s'habille-t-il à la mode romaine, qu'il ne quittera plus.
C'est en
1627 qu'il exécute pour le cardinal Barberini
la commande de la Mort de Germanicus
(Minneapolis Institute of Arts), qui lui sera payée 60 écus. Il commence
vers la même époque à s'intéresser à l'académisme raffiné du Dominiquin,
artiste dont il fréquentera l'école et dont il prendra le parti dans la
querelle qui l'opposera à la coterie de Guido Reni. En
1628, il parvient, événement capital, à obtenir
la commande d'un grand tableau d'autel pour la basilique Saint-Pierre,
le Martyre de saint Érasme (pinacothèque
vaticane).
En
1629, atteint du « mal des Français », il
bénéficie de l'aide amicale de Jacques Dughet, un pâtissier-traiteur
d'origine parisienne, et de sa femme, italienne. Guéri, il épousera en
1630 leur fille Anne-Marie et donnera à leur
fils aîné, Gaspard (1613-1675), les leçons qui lui permettront de devenir un
des grands paysagistes du
XVIIe s. ;
l'autre fils de la maison, Jean Dughet (1614-après 1679), deviendra de son
côté marchand d'estampes et, comme graveur, reproduira plusieurs tableaux de
son beau-frère.
L'installation de Poussin à Rome semble définitive, auprès d'amis
artistes tels que Claude Lorrain, Jacques Stella (1596-1657), qui rentre en
France en
1634, et le sculpteur François Duquesnoy. Son
talent est de plus en plus reconnu, et les protecteurs s'annoncent : le
commandeur Cassiano Dal Pozzo (1589 ou 1590-1657), qui lui livre l'accès de
sa galerie d'antiquités et lui passe des commandes (parmi lesquelles une
suite des Sept Sacrements vers
1636), le marquis Amedeo Dal Pozzo, le maréchal
de Créqui, la duchesse d'Aiguillon, le maître d'hôtel de Louis XIII, Paul
Fréart de Chantelou, pour qui il travaille. Cette célébrité naissante de
Poussin incite en
1638 le surintendant français des Bâtiments,
François Sublet de Noyers (1588-1645), d'accord avec le cardinal de
Richelieu (autre client du peintre), à prier Poussin de résider désormais en
France ; Chantelou est chargé de la mission.
Il convient de remarquer que, depuis des années, les artistes ne pensent
qu'à l'Italie ; c'est leur Mecque. Ils vont y étudier, certes, mais les
meilleurs d'entre eux y restent. Le risque existe d'une influence exagérée
et d'un vide pour la peinture française. Sublet de Noyers voit cela
clairement : il est temps d'arrêter le phénomène. Mais Poussin, tout en
choisissant soigneusement les influences qu'il entend recevoir et en
épanouissant sa propre personnalité, éprouve du mal à s'arracher à Rome. Un
nouvel appel de Sublet de Noyers, auquel est jointe une lettre du roi,
n'occasionne qu'une promesse. Au bout d'un an, rien n'est fait. Chantelou se
rend alors à Rome et, à force de patience, finit par convaincre le peintre,
qu'il emmène accompagné de son beau-frère Jean Dughet. Poussin n'aura pas,
d'abord, à se plaindre. Arrivé à la
fin de 1640, il est vite reçu par le roi et
Richelieu. Il le dit dans une lettre du
9 janvier 1641 et décrit l'accueil : le premier
est « rempli de bonté et de politesse, s'entretient aimablement avec lui et
le questionne » ; le second « l'embrasse, le tient par la main ». Le
20 mars, Poussin est premier peintre ordinaire du roi, aux gages de 1 000
écus par an.
Les commandes pleuvent : pour les chapelles des châteaux de
Saint-Germain-en-Laye (Jésus-Christ instituant le
sacrement de l'eucharistie, musée du Louvre) et de Fontainebleau,
pour la Grande Galerie du Louvre (conception d'ensemble et bas-reliefs
simulés des Travaux d'Hercule), pour les
Gobelins (huit cartons sur l'Ancien Testament), pour Richelieu Mais ces
travaux académiques ne conviennent pas à l'artiste, en butte, par ailleurs,
à des jalousies, des médisances, des intrigues ; les plus actifs de ses
ennemis sont les peintres Simon Vouet et Jacques Fouquier (entre 1580 et
1590-1659). Découragé et en mauvaise santé, Poussin demande un congé et
regagne Rome (automne 1642). Là-bas l'atteindra
la nouvelle de la mort de Richelieu, suivie de celle de Louis XIII et de la
retraite de Sublet de Noyers. Sans ces protections, il n'a plus rien à
attendre du travail en France. Il n'y reviendra jamais. Mais le contact
n'est pas rompu avec Chantelou et son entourage, souvent composé d'hommes
d'affaires puissants qui passent des commandes, le soutiennent de leur
influence et entretiennent avec lui une active correspondance des années
durant. Certains le visiteront même à Rome, où il mourra après une existence
simple, modeste, grave et ne laissant finalement à ses héritiers que 15 000
écus. Un artiste d'un classicisme recréé, mais d'autant plus rigoureux,
passionné, sûr de lui, loin des modes, tel est Poussin. Les vocables
dignité, vertu, intransigeance reviennent sous la plume de ceux
qui l'ont connu et désignent autant ses mœurs que son art. Poussin est
l'honnête homme, parfois entouré de fripons, faisant carrière en raison de
ses qualités.
L'évolution
de son art
Tout artiste connaît dans son œuvre bien des successions, des retours, des
progrès, des chutes parfois. Les années qui passent, la maîtrise acquise,
les aventures, les heurs ou malheurs, les conditions de vie et les
influences reçues en sont les causes. Poussin n'a pas échappé à ces séries.
S'il n'était pas porté vers le maniérisme par un élan immodéré, ses
premières œuvres, par exemple les illustrations pour Marino, rappellent la
seconde école de Fontainebleau, avec, toutefois, de l'invention et de la
rigueur. Lorsque Poussin travaillera pour le cardinal Barberini, ce
maniérisme se transformera quelque peu par ses contacts avec la sculpture
antique. Nous avons vu aussi le peintre admirer le Dominiquin – le seul,
dans l'actualité, à lui avoir inspiré ce sentiment – et subir son influence
(le Triomphe de David, Dulwich College
Picture Gallery, Londres). L'époque et, sans doute, ses recherches l'y
poussant, Poussin va vers le baroque, dont on trouve des traces dans son
Martyre de saint Érasme. Mais sa vraie
nature le pousse vers le classicisme, qu'exprime par exemple une toile aussi
importante que l'Inspiration du poète
(Louvre).
À l'écoute du monde, Poussin se nourrit d'apports. Cassiano Dal Pozzo est
très entouré, et cette société brillante cultive la tradition poétique
latine. Ovide enchante l'artiste. Celui-ci scrute les anciens maîtres, dont
Titien. Et c'est une joie colorée qui éclate entre 1630 et 1635 : ainsi dans
le Triomphe de Flore et la
Bacchanale à la joueuse de luth du
Louvre. Se font jour également un sentiment plus élégiaque (les
Bergers d'Arcadie, première version, château de Chatsworth) et le
ton propre à certains sujets religieux (Mise au
tombeau, Alte Pinakothek, Munich).
Mais Poussin est bien un classique ; sa vérité, sa recherche sont faites
de rigueur, il se permet de moins en moins d'émotion. Froideur, dirait-on.
Sens du tragique, parfois, comme dans l'Enlèvement
des Sabines (Louvre et Metropolitan Museum de New York) ou
le Jeune Pyrrhus sauvé (Louvre), qui se
situent entre 1635 et 1640. D'ailleurs, les deux années de l'artiste à Paris
ont favorisé cet approfondissement. Corneille triomphe avec ses caractères
taillés dans le marbre. Poussin s'inspire de ce stoïcisme et se sent près du
poète : les deux séries des Sacrements
(pour la plupart dans deux collections privées britanniques), ou le
Coriolan fléchi par les larmes de sa mère
(musée municipal des Andelys) en témoignent. De plus en plus, la
forme est sévère, le pittoresque et le superflu bannis, les couleurs sobres.
Un peu avant
1650, le cadre prend la première place au
détriment des acteurs, tout en demeurant très accessible, humain, vivant,
adapté à l'action, presque toujours héroïque (les
Funérailles de Phocion et les Cendres de
Phocion, collections privées britanniques ;
Paysages avec Diogène jetant son écuelle, Louvre). Une
douzaine d'années avant la mort du peintre, cette tendance s'accentue. S'il
a déjà gommé ce qui pouvait l'être sans nuire à l'intelligence du récit,
pour se consacrer pleinement à l'évocation pure, Poussin n'en désignait pas
moins très concrètement le mouvement voulu. Mais, désormais, une sorte de
paix religieuse est descendue ; le mouvement est comme figé (la
Femme adultère, Louvre), les personnages sont statufiés (le
Repos pendant la fuite en Égypte, musée de l'Ermitage,
Saint-Pétersbourg). Un sentiment plus frémissant réapparaît pourtant dans
les tableaux des Quatre Saisons de
1660-1664 (Louvre).
En exagérant quelque peu, on pourrait parler d'une sorte de frayeur
mystique. Une existence presque monastique, et dont on sait peu de chose
parce qu'il y a peu à en savoir, suggère à Poussin, avec la vieillesse venue
et la mort qui s'avance, des thèmes qui, s'ils diffèrent, sont traités dans
le même esprit : le Paysage avec Orion aveugle
(Metropolitan Museum of Art, New York), la
Naissance de Bacchus (Fogg Art Museum, Cambridge, Massachusetts)
sont bien plus pensés par un philosophe que traités par un pinceau mondain.
Et c'est le cas, particulièrement, de la dernière œuvre, inachevée,
Apollon amoureux de Daphné (Louvre).
Les dessins de Poussin ont suivi une voie semblable. Beaucoup d'entre eux
sont des préparations de toiles. « [] les premières œuvres, écrit sir
Anthony Blunt, sont d'une facture libre, avec des lavis bistres,
transparents, tandis que les derniers sont d'un style de plus en plus
contenu, étant par objet l'étude précise d'un mouvement ou d'un groupe. Les
tout derniers dessins [de l'artiste] sont presque aussi abstraits que ses
dernières toiles. À partir de sa maturité, il semble avoir renoncé à
dessiner d'après le modèle, s'inspirant seulement de l'image idéale élaborée
par son esprit |