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Edgar de Gas, dit Degas
sources :
LAROUSSE
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Peintre français (Paris 1834-Paris
1917).
Les
années de formation et les premières expériences et rencontres
Le grand-père d'Edgar Degas, Hilaire René de Gas ou Degast, émigra en
1793 pour aller fonder à Naples un
établissement de crédit et se maria dans cette ville. Son fils Auguste, père
de l'artiste, dirigeait à Paris une succursale de la banque napolitaine ; il
épousa Célestine Musson, fille d'un créole de La Nouvelle-Orléans qui
s'était enrichi dans le commerce du coton.
Au lycée Louis-le-Grand, où il obtient des résultats honorables, Edgar
Degas dessine sans cesse et se promet déjà de devenir peintre. Son père,
veuf en
1847, donne chez lui des réceptions en
l'honneur, notamment, du grand collectionneur Louis La Caze et de la
tragédienne Adélaide Ristori. On fréquente aussi le salon de la famille
Valpinçon, où Ingres est considéré comme un dieu. Degas, au Louvre, exécute
de nombreux dessins d'après Mantegna, Goya, Holbein, Rembrandt Après de
brèves études de droit, il est reçu, en
1855, à l'École nationale supérieure des
beaux-arts ; mais il fréquente plus volontiers l'atelier privé d'un élève
d'Ingres, Louis Lamothe, qui le présente au maître.
En
1853, Degas fait un séjour à Naples, dans sa
famille. Il retournera plusieurs fois en Italie entre 1855 et 1860, copiant
les maîtres de la Renaissance dans les musées de Naples, de Florence, de
Rome. D'après la famille de sa tante, Laure Bellelli, il va exécuter sa
première grande composition, la Famille Bellelli.
À Rome, il a gravé son portrait, Degas au chapeau
mou et, à l'Académie de France, il a fréquenté Léon Bonnat,
Gustave Moreau, Auguste Clésinger, Georges Bizet. Malgré l'exemple d'Ingres,
il admire Delacroix et aspire à conjuguer dans son art le classicisme de
l'un et le romantisme de l'autre. L'estampe japonaise, depuis peu révélée au
monde occidental, l'enchante pour la vivacité du graphisme et la liberté de
la mise en page. Au Ménil-Hubert, chez les Valpinçon, il se livre à des
études du cheval en mouvement. De cette époque (1862-1863) datent notamment
les portraits de Ruelle, caissier de la
banque Degas, celui de Léon Bonnat,
celui de sa sœur Thérèse Degas.
Degas
et les réalistes
Régulièrement admis au Salon académique, il s'essaie à la peinture
d'histoire, qu'il voudrait rénover : Jeunes Filles
spartiates provoquant des garçons à la lutte (1860),
Sémiramis construisant une ville (1861),
Scènes de guerre au Moyen Âge (ou
les Malheurs de la ville d'Orléans,
1865). Il fait la connaissance du critique
Louis Edmond Duranty (1833-1880) et de Manet, fréquente le café Guerbois,
centre de ralliement des « réalistes », où il prend part aux discussions
avec une ardeur qui le fait qualifier, par Manet, de « grand esthéticien ».
Il continue à exécuter principalement des portraits (une cinquantaine de
1865 à 1870), dans un esprit qu'il a lui-même précisé : « Faire des
portraits de gens dans des attitudes familières et typiques, et surtout
donner à leur figure le même choix d'expressions que l'on donne à leur
corps. » Il veut aussi que l'on place le modèle dans son cadre de tous les
jours, et il ajoute : « Le piquant n'est pas de montrer toujours la source
de la lumière, mais l'effet de la lumière. » C'est alors qu'il compose ses
premiers pastels. Sa formation est achevée, comme en témoigne par exemple sa
Madame Hertel dite « la Femme aux
chrysanthèmes » (1865). D'autres portraits
constituent de véritables scènes d'intérieur : c'est dans la fosse
d'orchestre de l'Opéra qu'il représente le basson Désiré Dihau, et dans un
salon le guitariste Pagans, qu'écoute le père du peintre, grand amateur de
musique (les deux toiles sont au Musée d'Orsay).
En
1870, il s'engage dans l'artillerie. Le
capitaine de sa batterie est Henri Rouart (1833-1912), un ancien condisciple
de lycée, ingénieur et peintre, qui va devenir l'un de ses meilleurs amis.
La paix revenue, Degas exécute, en compagnie de Manet, quelques toiles à
Boulogne, aux environs de Trouville et de Saint-Valery-sur-Somme. Mais c'est
Devant les tribunes (vers 1869-1872,
Musée d'Orsay) qui lui permet d'affirmer avec le plus d'originalité sa
conception du paysage, qu'il veut peuplé de figures en action : là, pris sur
le vif, des jockeys et leurs chevaux, dans leur mouvement naturel. Il saisit
aussi les danseuses sur la scène, ou au foyer du théâtre, à l'instant
caractéristique de leur activité d'artiste : le
Ballet de « Robert le Diable » (1872),
le Foyer de la danse à l'Opéra (1872).
Il lui est arrivé aussi, exceptionnellement, de pratiquer la peinture de
genre : Intérieur (ou
le Viol,
1875), l'Absinthe
(1876), Chez la
modiste (1882). Mais il se défend
d'être un peintre d'anecdotes réalistes, à la Zola, et proclame que ses
tableaux sont avant tout « une combinaison originale de lignes et de tons
qui se font valoir ». Il a la volonté de produire des compositions bien
ordonnées, à l'instar de Nicolas Poussin ; géométrie et calculs subtils
entrent dans ses œuvres, rien qu'en apparence spontanées. Doué d'une
extraordinaire mémoire visuelle, il organise, à l'atelier, le meilleur des
sensations directes recueillies « devant le motif ». Il est tout le
contraire d'un impressionniste, craint la lumière du plein air et se plaît
surtout à nuancer les effets de l'éclairage artificiel.
Degas
et l'impressionnisme
Degas n'a pourtant pas manqué de jouer un rôle très actif dans la genèse et
dans l'histoire du groupe impressionniste, à la première exposition duquel
il participe, en
1874, avec dix de ses œuvres. Il lui demeurera
fidèle jusqu'à la dernière exposition, en
1886, présentant alors, notamment, une série de
pastels intitulée Suite de nus de femmes se
baignant, se lavant, se séchant, s'essuyant, se peignant ou se faisant
peigner, qui inspire à J.-K. Huysmans un commentaire où il se
réjouit de voir Degas « jeter à la face de son siècle le plus excessif
outrage, en culbutant l'idole constamment ménagée, la femme ». Il se montre
moins acerbe à l'égard des danseuses et consent même à les idéaliser
Mademoiselle Fiocre dans le ballet de « la Source »,
1868. Au Salon des impressionnistes de
1881, il expose une de ses premières
sculptures : la Danseuse de quatorze ans
à la robe de tulle (cire), dont le réalisme est plutôt touchant que
sévère. Sur les champs de courses (Jockeys amateurs
près d'une voiture), comme à l'Opéra ou au music-hall, ce qu'il
recherche, ce sont des occasions de montrer sa maîtrise dans la
représentation des formes en mouvement, sans interrompre celui-ci, dont il
suggère le développement hors des limites de la toile. Ses chevaux vont au
pas, trottent ou galopent en toute vérité. Il existait avant lui une façon
conventionnelle de représenter le cheval en action ; grâce à la
photographie, qu'il pratiquait volontiers, Degas a réussi à préciser,
simultanément, la position de chacune des pattes de l'animal au cours de ses
différentes allures. Rien, chez lui, n'est dû au hasard de l'improvisation.
En 1872-1873, il a séjourné durant six mois à La Nouvelle-Orléans, où
deux de ses oncles faisaient toujours le commerce du coton. C'est là qu'il a
exécuté le Bureau du coton à La Nouvelle-Orléans,
manifestant son goût pour la modernité en art et son aptitude à poétiser,
sans mentir, les scènes de la vie courante. De retour à Paris, il réalise
toute une série de chefs-d'œuvre qui renouvellent la suggestion de l'espace
par d'étonnantes audaces dans les cadrages et le maniement de la lumière (le
Café-Concert des Ambassadeurs,
1876). Par ailleurs, l'une de ses deux toiles
de Danseuses à la barre détermine sa
célébrité en atteignant, dans une vente à l'hôtel Drouot, le prix le plus
élevé qui ait été payé jusque-là pour une peinture moderne. Coœmme on lui
demande s'il en est fier, il répond : « À peu près comme le cheval qui vient
de remporter le Grand Prix. » Homme d'esprit, certains de ses mots lui
vaudront d'être appelé « le terrible Monsieur Degas ». Des adversaires de
l'impressionnisme, qui commence à influencer plus d'un peintre académique,
il dit : « Ils nous fusillent, mais ils fouillent nos poches » ; et encore :
« Ils volent de nos propres ailes » ; de Renoir : « Un chat qui joue avec
des pelotes de laine » ; d'Albert Besnard : « Un pompier qui a pris feu. »
On fait cercle autour de lui au café de La Nouvelle-Athènes, qui a succédé,
en tant que rendez-vous des artistes « indépendants », au café Guerbois.
Les
derniers chefs-d'œuvre
Dès
1893, il a commencé à se plaindre de sa
mauvaise vue. En
1908, dans une de ses lettres à Henri Rouart,
il dit : « On sera bientôt aveugle. » Cette mauvaise vue influera le
déroulement de sa vie comme l'évolution de sa technique. Il s'enferme,
n'ouvrant sa porte qu'à de vieux amis. Il renonce peu à peu à peindre à
l'huile ou à l'essence, mais sans que son œuvre en souffre : il résume de
plus en plus les formes et demande au pastel, mélangé de gouache et de
détrempe, de plus en plus de nuancements dans l'éclat. Il exécute des
monotypes, des fusains, des lithographies. Grâce aux Durand-Ruel, il peut
travailler en toute sécurité matérielle. Ces célèbres marchands de tableaux
lui ont ouvert un compte d'avances que Degas rembourse en œuvres qu'il
appelle des « articles », et dont il varie quelque peu les sujets :
Miss Lola au cirque Fernando (1879) ;
les Repasseuses (vers 1884).
En
1889, il voyage en Espagne avec le peintre
Giovanni Boldini (1842-1931). Il collectionne des peintures et des gravures
de Gavarni, Daumier, Delacroix, Ingres, Corot, Manet, Cézanne, Gauguin ; il
recherche toujours les estampes japonaises, officiellement exposées à Paris,
en
1890, avec succès. Il fait de courts voyages en
Bourgogne, dans le midi de la France, au Mont-Dore pour se soigner. Il écrit
à Henri Rouart : « Tout est long pour un aveugle qui veut faire croire qu'il
voit. » Il produit quand même des chefs-d'œuvre : les
Danseuses à mi-corps (pastel), les
Danseuses bleues (peinture, vers 1890),
toute une série de statuettes de Danseuses
encore Le naturel, a-t-on dit, y cache la nouveauté comme la science
technique cache les audaces du métier. Renoir considérait Degas comme le
premier sculpteur de son temps. Graveur à l'eau-forte, il a produit,
notamment, des scènes de danse, le Portrait de
Manet, Mary Cassatt au Louvre,
la Suivante démêlant les cheveux de sa maîtresse.
Poète, il est l'auteur de sonnets réguliers, dont le premier,
significativement, est dédié à José Maria de Heredia |